MÉDAILLE DE MAZAGRAN

 

 

- 11 mars 1840 -

 

 

 

 

HISTORIQUE

 

 

L’émir Abd El-Kader, proclamé sultan des Arabes, opposa jusqu’en décembre 1847 une résistance acharnée à l’occupation de l’Algérie par la France et à ses troupes commandées par le général Thomas Bugeaud. Lors de la conquête, Mazagran, ville d’Algérie aujourd’hui intégrée à la commune de Mostaganem, fut le théâtre d’un célèbre siège, soutenu du 3 au 6 février 1840. En effet, 125 soldats français placés sous les ordres du capitaine Hilaire Lelièvre, résistèrent aux assauts répétés des troupes d’Abd El-Kader fortes de 12 000 hommes ( un nombre sujet à controverse ).

Le Moniteur universel, dans son édition du 12 mars 1840, nous rapporte les propos tenus la veille par le député Chapuis de Montlaville, à la Chambre, au sujet de cette affaire : « Messieurs, on se plaint avec raison de ce que les engagements militaires ne se renouvellent pas, et on s'afflige de ce que notre armée compte un très-petit nombre de vieux soldats dans ses rangs. Un des moyens, Messieurs, de changer cette fâcheuse disposition des esprits, c'est d'honorer l'état militaire dans ses actes de dévouement et d'héroïsme. J'espère que le Gouvernement comprendra que les belles actions enfantent d'autres belles actions, et qu'il saisira avec empressement l'occasion de prouver que la France sait proportionner la récompense et l'admiration à la grandeur et à l'élévation des services et du courage. Tout récemment 123 braves viennent d'élever bien haut le renom de nos armes. Ils ont résisté trois jours entiers à la furie de 12,000 Arabes. Ils nous ont rappelé les plus beaux traits de nos annales ; ils nous ont rappelé la défaite d'Huningue, pendant laquelle 50 braves tinrent en échec pendant deux semaines 25,000 Autrichiens commandés par un archiduc. Ce beau fait d'armes a enflammé les imaginations arabes. Voici en quels termes un Arabe de Mostaganem en rendait compte à un Arabe des tribus : "On se battit quatre jours et quatre nuits : c'étaient quatre grands jours, car ils ne commençaient et ne finissaient pas au son du tambour. C'étaient des jours noirs ; car la fumée de la poudre obscurcissait les rayons du soleil, et les nuits étaient des nuits de feu, éclairées par les feux des bivouacs et celui des amorces." ( Traduction littérale d'une lettre écrite par un Arabe de Mostaganem. ) Des récompenses ont été accordées à quelques-uns des défenseurs de Mazagran ; d'autres les attendent encore. Cependant je crois être assuré que l'intention du Ministère est de donner à ces 123 braves un témoignage public de la reconnaissance nationale. Toutefois, il serait à désirer qu'il voulût bien, à ce sujet, s'expliquer à la tribune. Quoi qu'il arrive, Messieurs, je suis assuré de n'être démenti par aucun de vous, en déclarant ici que les 123 défenseurs de Mazagran ont mérité l'admiration et la reconnaissance de tous. J'ajouterai que ce beau fait d'armes nous donne l'assurance que si jamais la patrie avait besoin des efforts et de l'héroïsme de notre brave armée, ces efforts et cet héroïsme ne lui manqueraient pas. »

Trois plus tard, ce même journal annonçait dans son édition du 15 mars : « On posait hier les coins aux balanciers de la Monnaie pour frapper une magnifique médaille commémorative du brillant fait d'armes de Mazagran : d'un côté sont les noms des cent vingt-trois braves ; de l'autre, la vue du combat. Cette médaille, exécutée sur dessins et renseignements donnés par le ministre de la guerre, est de M. Borrel. Dans quelques jours elle paraitra au Musée monétaire. »

Cette médaille sans ruban fut donc créée, suite à la citation à l’ordre de l’armée, le 11 mars 1840, de la 10e Compagnie du 1er bataillon d’infanterie légère d’Afrique.
Certains titulaires portèrent cette médaille, suspendue à un ruban tricolore, après avoir fait poser une bélière.
Au budget de l'année 1840, on notera une imputation de 500 francs pour la réalisation d'un tirage de 100 épreuves en bronze de cette médaille.

 

 

 

BÉNÉFICIAIRES

 

 

La Médaille de Mazagran récompensait les officiers, sous-officiers et chasseurs de la 10e Compagnie du 1er bataillon d’infanterie légère d’Afrique dont les noms suivent :

  – Capitaine LELIÈVRE.

  – Lieutenant MAGNIEN.

  – Sous-lieutenant DURAND.

  – Sergent Major WUILLEMOT.

  – Sergents MILLOT, GIROUD, BORTAUD.

  – Sergent Fourrier TAINE.

  – Caporaux GAZEL, VIGNES, GRIPPAT, MUSTER.

  – Musiciens PUYHARDY ( tambour ) et GOEPFERT ( clairon ).

  – Chasseurs CHAMBRET, GÉRARD, SÉGUIN, DEVILLETS, VOUILLON, MARQUÈS, LEBORNE, MORIÈRE, PLANSON, QUILLET, LANDENWESH, CARRÉ, COURTÈS, RENAUD, MARTIN, FLEURETTE, ROUSSEL, FAVRICHON, VERSEJOUX, DUTOUR, FILLEAU, ERIGNEUX, TEILLOUT, COLIN, LESTING, FORTIER, URION, CARDOT, EDET, FAUCHON, BRANGET, CHOL, ROMAN, JULLIEN, HARAN, CHOCHET, DUBOIS, HERBIN, DUGRAVOT, MARIOLLE, LOUCHET, CHARLIER, BEYER, FRANÇOIS, LELOUEY, VARAILLES, COMPTE, SUZANNE, GROLHIER, FOURCADE, MUNEROT, FABRE, DESFLASSIEUX, KLARR, BIAL, EHANNO, MAURIN, FALISSARD, DANNET, TRAILIN, RUE, MOUSSY, PLANCHON, HUNEAU, FALON, FABRE, LIOTIER, FRANÇOIS, PECONDOU, HAMÈS, GUYOT, ESTELLE, LUCQUET, GEOFFROY, JONQUA, MINIARD, DOUCET, DAUMAS, LALAUZE, CHANCEL, RABANIT, POUSSIN, TERRADE, JOURDAN, MAGUET, ERHEL, DELAHAYE, JEAN, SEGUENOT, BERTEAU, BONNEFOY, MALGRAS, MARTIN, MÉNIER, VILLARD, CELERY, CORDIER, MESSAC, VALÈS, BRUNNER, COUDOIN, SABATIER, MUGUET, CHAUFFY, BOUET, LAINÉ, CAPELLE, FAUCAUD, QUINCAY, VALENT.

  – Caporal du génie PEQUILLET.

  – Sapeur du génie DELPLANQUE.

Le Moniteur universel, dans son édition du 17 mars 1840, évoque la carrière du capitaine Lelièvre :
« Le capitaine Lelièvre était sous-officier avant la révolution du Juillet ; par ordonnance du 27 décembre 1830, il fut nommé sous-lieutenant au 15e régiment de ligne, alors en Afrique, et l'un des corps qui avait fait partie de la première expédition. Il resta en Afrique jusqu'au mois de janvier 1832, et, à cette époque, il rentra en France avec son régiment. Une ordonnance du 3 juin 1832 ayant prescrit l'organisation de bataillons d'infanterie légère d'Afrique, spécialement destinés à servir dans ce pays, le sous-lieutenant Lelièvre demanda à en faire partie, et entra comme sous-lieutenant dans le 2e bataillon. Par ordonnance du 10 juin 1835, il y fut nommé lieutenant, et il prit part à tous les combats et escarmouches qui eurent lieu entre nos troupes et les kabyles dans les environs de Bougie. Il se distingua surtout à l'attaque du village de Darnassar le 10 novembre 1835, où, à la tête d'un détachement, il enleva de vive force ce village aux nombreux Kabyles qui l'occupaient. Il fut soutenu dans cette action par un détachement de zouaves, sous les ordres du capitaine Davière. Le lieutenant Lelièvre continua de servir dans ce corps jusqu'au 22 mai 1839. Par ordonnance de ce même jour, il fut nommé capitaine au 1er bataillon d'infanterie légère d'Afrique, et au commandement de la 10e compagnie de ce bataillon. Le reste de la carrière de ce brave officier est connu de tout le monde. L'épaulette de chef de bataillon au 1er régiment de ligne, en garnison à Oran, a été la récompense de sa courageuse défense à Mazagran. »

 

 

 

CARACTÉRISTIQUES

 

 

INSIGNE

 

 

Médaille ronde en bronze, du module de 51,5 mm.
Gravure de Alfred Borrel

Sur l’avers    : l’effigie de Louis-Philippe, portant une couronne de laurier, avec la légende
                      LOUIS PHILIPPE I ROI  DES  FRANÇAIS.

Sur le revers : le texte  DÉFENSEURS  DE  MAZAGRAN,  3. 4. 5. 6. Fer  1840, surmontant les noms
                      des titulaires et l’inscription  10.E  C.IE  1.ER  BAT.ON  D’INF.IE  LÉGÈRE  D’AFRIQUE.

Remarque : Une autre médaille sans ruban fut réalisée ultérieurement. Elle n’a aucun caractère de récompense et il s’agit simplement d’une médaille vendue pour collecter des fonds en vue d’élever un monument honorant les soldats. Réalisée par le graveur Caqué et reprenant les caractéristiques du revers de la médaille officielle, il est cependant courant de penser qu'elle en soit une variante.

 

 

 

 

 


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